blog littéraire - critiques livres

Ceux qui me connaissent et me suivent depuis longtemps savent que dans la vie j’ai deux écrivains fétiches. Le premier, celui que j’idolâtre et que je mets au-dessus de tous : Stephen King. Le second, celui qui arrive juste derrière en lui collant au train : Maxime Chattam. Chaque nouvelle sortie de l’un d’eux me plonge dans un état d’excitation sans pareil, et ce début Juin n’a pas échappé à la règle avec Le Coma des Mortels, sur lequel je me suis précipitée en précommande Kindle. Dévoré en à peine cinq heures, Chattam ne m’a pas déçue une fois encore, malgré un tournant radical aussi bien sur le fond que sur la forme. Mais avant toute chose, penchons-nous sur le résumé très succinct de l’éditeur :

Qui est Pierre ? Et d’ailleurs, se nomme-t-il vraiment Pierre? Un rêveur ? Un affabulateur ? Un assassin ? Une chose est certaine, on meurt beaucoup autour de lui. Et rarement de mort naturelle.

Depuis Que ta volonté soit faite en Janvier 2015 – je vous l’avais d’ailleurs chroniqué avec beaucoup d’enthousiasme – il n’y avait pas eu de Chattam nouveau (c’est comme le Beaujolais, mais en mieux). Les fans trépignaient donc d’impatience, et à juste titre au vu des mises en bouche du monsieur sur les réseaux sociaux. Ce que je peux dire après ma lecture, c’est qu’il ne nous avait pas menti en annonçant un nouveau virage, après celui entamé l’année dernière.

Comme vu ci-dessus, nous suivons les aventures de Pierre, un jeune homme marginal, qui a décidé de recommencer sa vie en rayant complètement son passé (famille, amis, travail etc). Un tantinet original dans sa structure, le livre débute par la fin, en nous peignant le portrait d’un Pierre ayant changé d’identité et déménagé dans l’hémisphère Sud du globe. Ravi de sa nouvelle vie, les chapitres suivants vont nous raconter comment il en est arrivé là, et nous apprendre au passage que ce n’est pas la première fois qu’il reprend son existence à zéro. Le retour dans le passé se fait donc dès les pages suivantes, et débute sur le meurtre (que dis-je, l’éviscération) de la femme qu’il aimait dans son propre appartement. Soupçonné par la police, il va tenter de se justifier lors d’un interrogatoire musclé, en racontant ce qu’il a vécu jusqu’ici et la malédiction qui semble le poursuivre. Nouveau flash-back, nous nous enfonçons encore plus loin dans ce qui fut son autre vie, pour y découvrir qu’à partir d’un certain moment, les cadavres se sont mis à pleuvoir autour de lui. Apparemment de bonne foi durant son récit, il se dit innocent, et ne comprend pas plus que nous qui est à l’origine de ces crimes (en tout cas jusqu’à la fin du roman). De fil en aiguilles, le doute s’installe néanmoins dans la tête du lecteur, bien qu’aucune explication ne démontre véritablement son implication.

Je m’arrête ici pour l’histoire, car tout l’intérêt d’un Maxime Chattam réside dans la chute qu’il nous offre. Pendant un certain temps, j’ai cru voir rôder le spectre de La Part des Ténèbres de Stephen King, mais finalement l’histoire finit par s’en éloigner totalement. Pour parler de l’aspect « technique », l’écriture, il y a de nombreuses surprises. L’une d’entre elles étant la confirmation du ton cynique qu’il avait pris pour Que ta volonté soit faite. Le style est très noir, sarcastique, sans pour autant tomber dans une ambiance lourde et malsaine. Mais plus que cet aspect, il y a deux nouveautés qui m’ont totalement décontenancée (dans le bon sens du terme). La première, c’est l’humour distillé tout au long du livre. J’ai beaucoup ri, parfois même de longues minutes sans pouvoir m’arrêter, et il va sans dire que c’est à l’opposé de ce à quoi Chattam nous a habitué. La seconde, c’est sa capacité à faire rougir E. L. James, en nous offrant quelques passages de sexe à vous en décrocher la mâchoire, et qui font presque passer la saga Cinquante Nuances de… pour des livres d’enfants. Il maîtrise son sujet le coquin, mais ce n’était pas pour me déplaire en toute franchise. On ne s’attend vraiment pas à osciller entre rires et excitation en se plongeant dans l’un de ses romans, et rien que pour ça, il faut le lire ! Pour le reste, il est fidèle à lui-même. Une parfaite maîtrise des mots, une parfaite maîtrise de son histoire, et toujours son habileté à jouer avec notre cerveau. Au top de sa forme donc, même s’il ne s’agit pas du tout d’un thriller sanglant comme il en a le secret.

À ce propos d’ailleurs, je terminerai sur une note un peu particulière. J’ai pu voir fleurir un peu partout de nombreuses mauvaises critiques ces derniers jours. Bien que je comprenne qu’on puisse ne pas aimer ce changement de style, je déplore par contre la véhémence de certains à l’égard de l’auteur. Ce n’est pas un mauvais roman, loin de là, c’est juste un roman différent. En tant qu’auteur moi-même, je comprends parfaitement son envie d’explorer d’autres choses, d’autres univers. Stephen King l’a fait récemment avec la trilogie Bill Hodges, à l’opposé de ses histoires horrifiques et fantastiques. Certains fans n’ont pas aimé, d’autres oui, mais j’ai globalement vu beaucoup de respect autour de ce virage temporaire. Dans le cas de Chattam, j’ai au contraire l’impression d’un vrai dédain pour cet essai. J’ai pu lire des avis comme « Mr. Chattam, retournez écrire ce que vous savez faire de mieux, des thrillers bien gores« , ou encore « Nullissime, on se fait chier, il n’avait pas d’idées mais uniquement besoin d’argent« . Hormis le vrai manque de respect pour le travail d’un écrivain (car oui, écrire un livre c’est du boulot, je peux en témoigner), je suis avant tout choquée que l’on veuille réduire un auteur à un style en particulier. Ne pas aimer est une chose, mais dénigrer en insultant (qui plus est sur les réseaux sociaux et les sites de ventes) en est une autre. Maxime Chattam excelle autant ici que dans ses autres livres, avec une histoire très différente peut-être, plus calme, plus spirituelle, mais tout aussi bonne à sa manière.