Pardonnez-moi pour ce titre que certains jugeront racoleur, mais je n’ai pas trouvé comment nommer cet article autrement. Parfois, il faut savoir appeler un chat, un chat.

Certains d’entre vous le savaient déjà par mes tweets ou mes statuts Facebook, mais j’ai eu de gros problèmes de santé à partir de Janvier 2016. Des soucis pour lesquels j’étais la seule fautive, puisqu’ils ont découlé directement de certaines choses que je n’aurais pas dû faire. Je ne vais pas rentrer dans les détails, parce que d’une part ce n’est franchement pas très ragoûtant, et d’autre part je suppose fortement que vous vous foutez bien du pourquoi du comment. Sachez juste que la dépression peut vous faire perdre la tête, et que c’était mon cas… Le truc à retenir dans tout cela, c’est que je n’ai pas voulu consulter de médecin spécialiste pendant toute l’année qui a suivi. Appelez-moi trouillarde, hypocondriaque, ou comme vous le voudrez, mais j’avais tellement peur de ce qu’on allait encore m’annoncer ou me faire, que j’ai préféré faire l’autruche. Je me suis donc cachée derrière mon travail, et l’impossibilité pour moi d’être hospitalisée sous peine de perdre ma seule source de revenus. Mon année 2016 fut donc un véritable enfer, pavé de douleurs atroces, de blessures ensanglantées qui ne cicatrisaient pas, et de stress ingérable. C’est simple, je ne suis pas sortie de chez moi une seule fois durant ces 12 mois.

Mais toute cette négativité a atteint son point culminant quand, en Décembre dernier, l’univers a décidé de me sortir de force la tête du sable. Disons-le honnêtement, à vouloir m’en occuper seule et faire ma tambouille dans mon coin, les choses ont pris une tournure qui aurait pu s’avérer dramatique. Hémorragie, infection et autres joyeusetés, après avoir essayé de lutter quelques jours encore dans ma bulle, j’ai finalement dû me résoudre à appeler mon médecin au secours. Et lui n’a pas hésité à m’envoyer aux urgences en deux temps trois mouvements.

Je vous passe les réactions horrifiées du personnel sur place, mais croyez-moi cela valait son pesant d’or ! C’était tellement moche à regarder, qu’ils ont commencé à parler d’amputer les deux jambes. Non pas qu’elles me soient très utiles, mais tout de même j’y tiens un peu malgré tout ! Le chirurgien avait déjà été appelé, lorsqu’une interne prise d’un doute a fait descendre la chef du service dermatologie. Et grand bien lui en a pris à cette demoiselle ! La dermatologue a tout de suite remarqué que ce que les autres prenaient pour une double gangrène, n’était en fait qu’un très important problème de peau, conséquence de ce que j’avais depuis des mois. Bravo les urgences !

J’ai donc été transféré dans ce fameux service où je suis restée hospitalisée un bon moment. Malheureusement (ou heureusement), après un bilan presque complet de mon état de santé, les médecins ont découvert (en plus de ce que j’avais déjà) que je faisais une embolie pulmonaire. Depuis combien de temps ? On ne sait pas. Peut-être des semaines, voire des mois. En d’autres termes, un petit caillot sanguin s’est formé quelque part dans mon corps, puis s’est baladé tranquillement, avant de se retrouver bloqué. Le mien, que j’ai baptisé Jacky, s’est gentiment logé dans une petite veine de mon poumon droit. Là encore, la cause de sa formation est probablement à chercher du côté des conneries accumulées pendant 12 mois. Quand je vous disais que je ne faisais jamais les choses à moitié…

Après cette découverte, j’ai donc été mise sous anticoagulant en moins de temps qu’il n’en faut pour dire « ouistiti ». Personne ne peut prédire si Jacky va petit à petit se diluer, ou si je vais devoir vivre avec. Toutefois, on m’a bien fait comprendre que la deuxième option était à envisager très sérieusement, et dans ce cas il faudra que je m’assure toute ma vie qu’il ne grossit pas plus, en continuant mon traitement anticoagulant jusqu’à ce que je passe l’arme à gauche. Alors vous me direz que deux comprimés par jour, ce n’est pas la mer à boire, mais ça me rappelle à chaque fois ce qui a bien failli se passer, et ça fait franchement réfléchir. Parce que oui, cette embolie n’était pas anodine. J’ai eu le droit aux remontrances justifiées des deux médecins du service qui suivaient mon dossier.

« Mademoiselle, vous auriez vraiment pu mourir, on ne plaisante plus là« .

Qu’est-ce que j’ai pu l’entendre cette phrase… La chef du service, le médecin qui suivait mon dossier, l’interne, les infirmières, les aides soignantes, et même mon généraliste quand je suis rentrée chez moi (en me faisant une grosse voix sévère et les gros yeux par dessus le marché). D’après toutes ces personnes, une embolie non traitée est mortelle dans près de 40% des cas. Et les statistiques sont encore pires si l’on prend en compte ma myopathie et la légère atteinte respiratoire qui en résulte. Vu que l’on ne sait pas depuis combien de temps Jacky avait élu domicile, je vivais probablement depuis des semaines avec une épée de Damoclès au dessus de la tête. Ça fait cogiter comme je vous le disais !

Après cela, je suis rentrée de l’hôpital dans le courant du mois de Janvier, mais j’ai dû respecter pendant quelques semaines encore un protocole assez strict. Un lit électrique a été installé dans ma chambre, afin que je puisse rester alitée encore quelques temps pour diverses raisons, et un suivi médical a été mis en place à mon domicile. Depuis mon retour, des infirmiers passent tous les matins pour refaire les pansements de mes blessures en voie de guérison, et un kiné vient deux fois par semaine pour me permettre de retrouver mes forces. J’ai un gros travail de rééducation à faire, dans la mesure où cette longue période d’alitement a complètement atrophié mes muscles. Je n’arrivais même plus à manger toute seule jusqu’à très récemment. Mais je récupère petit à petit, donc ce n’est pas immuable.

Finalement, ce qui me faisait si peur l’année dernière s’est réglé assez simplement, même si cela a pris près de 4 mois. À ce jour, tout est presque entièrement terminé. Les jambes ont retrouvé une taille et une couleur normale, les plaies sont cicatrisées à 98%, et Jacky ne posera pas de soucis d’après les médecins tant que je poursuis mon traitement. J’en ressors juste extrêmement fatiguée, aussi bien physiquement que moralement, mais surtout endettée puisque j’ai dû mettre mon activité professionnelle en stand by entre Novembre et le début de ce mois-ci. J’ai même dû me résoudre à ouvrir un pot commun pour faire appel à la solidarité des gens. Grâce à eux, j’ai déjà pu rembourser une grande partie de ce que je devais à la banque, mais il reste quelques centaines d’euros qui me posent bien des problèmes…

Ce que je retiens de cette épreuve, c’est que je ne suis pas éternelle, et que j’ai eu tendance à l’oublier jusqu’ici. J’ai cru avoir tout le temps que je voulais devant moi, et je n’ai cessé de remettre au lendemain de nombreuses choses sous couvert de la vie, du boulot et des emmerdes. On en est tous là, clairement, mais moi je ne veux pas mourir avec certains regrets. Je ne suis pas née uniquement pour accumuler les années de galère et ne rien laisser derrière moi. En tout cas, je ne suis pas née pour ne pas au moins essayer de faire quelque chose de ma venue sur cette terre. Il va donc y avoir du changement, et une grosse réorganisation de mes priorités, parce que je vais m’accorder le droit d’être heureuse à présent…