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Heureuse détentrice d’un compte Netflix depuis quelques mois, je n’avais pourtant pas prévu de regarder leur première série française : Marseille. J’ai plutôt tendance à fuir tout ce qui ressemble de près ou de loin à une fiction bien de chez nous, et en ce sens le résumé était loin de me faire rêver. Non seulement cette ville ne m’attire pas particulièrement, mais le casting anti-glamour au possible a fini de m’achever. L’histoire aurait dû s’arrêter là, mais c’eût été sans compter sur ma curiosité mal placée. Lors de la mise en ligne de la première saison il y a quelques jours, les critiques ont été tellement virulentes sur les réseaux sociaux et les sites spécialisés, que je n’ai pas pu résister à l’envie d’aller voir par moi-même cette catastrophe industrielle dont tout le monde parlait. Verdict ? Je n’ai pas été déçue du voyage…

Pour les bienheureux qui n’auraient pas eu d’échos sur l’histoire du bousin, voici un petit récapitulatif :

Robert Taro est maire de Marseille depuis 25 ans. Les prochaines élections municipales vont l’opposer à l’homme qu’il avait choisi pour lui succéder, un jeune loup aux dents longues. Les deux candidats vont se livrer un combat sans merci au terme duquel un seul sortira vainqueur. Une lutte au couteau s’engage, tournant autour de la vengeance et animée par les barons de la drogue, les politiciens, les syndicats et les acteurs politiques de la ville.

Cette production avait été annoncée depuis de longs mois comme une version française de House of Cards, la série politique américaine par excellence. En conséquence, et connaissant le talent de Netflix pour la production de fictions de grandes qualités, le public attendait énormément de Marseille. Le problème dans ce genre de situation, c’est qu’à force de teasing et de bons mots dans les médias, la déception finit bien souvent par être à la hauteur de l’événement. Et une fois de plus, cette règle n’aura pas failli à sa réputation.

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Je ne reviendrai pas sur l’histoire somme toute assez banale. Une sombre vengeance politique avec trahisons, coups bas et rails de cocaïne. Ce n’est pas révolutionnaire, mais ça aurait pu faire le job avec une direction artistique soignée. Certains d’entre vous me diront que c’est tout sauf réaliste, et que le maire actuel de Marseille n’a probablement jamais connu de telles situations ubuesques. C’est vrai, il l’a d’ailleurs confirmé dans les médias. Sauf que là n’est pas le sujet. C’est une fiction, et non un reportage politique. Evidemment que les événements sont romancés, sinon on s’emmerderait prodigieusement non ? Moi ce qui m’intéresse plutôt, c’est la réalisation, la photographie, et malheureusement c’est ici que le bât blesse. Si l’on a bien quelques belles images de la ville, tournées avec des drones je suppose, il n’y a globalement pas de quoi se taper le cul par terre. Visuellement c’est propre, un peu plus sophistiqué que les séries françaises habituelles (si l’on omet certaines créations de Canal+), mais sans jamais aller au bout de son ambition. Très sincèrement, pour avoir vu un bon nombre de séries produites par le géant américain, Marseille est très en dessous de ce qu’ils font par ailleurs.

Mais la réalisation est loin d’être le seul problème, et je dirais même que c’est le moindre. Pour commencer, le jeu des acteurs est particulièrement bancal. Si Gérard Depardieu peine à se trouver pendant les deux premiers épisodes, il retrouve un peu de son panache légendaire dans les six suivants. Ce n’est pas le cas de Benoît Magimel. Je ne connais pas vraiment la filmographie du Monsieur (ça m’apprendra à ne pas aimer le cinéma français), mais je m’attendais à un comédien d’une certaine envergure vu sa renommée. Au lieu de ça, j’ai eu l’impression de me retrouver devant un mauvais acteur de Plus belle la vie. Surenchère ou encore manque de naturel, son interprétation est franchement risible, et cette histoire d’accent marseillais qu’il ne prend qu’une fois sur deux (pour les besoins du scénario) ne fait qu’empirer la situation. Le concernant j’en étais restée à La vie est un long fleuve tranquille, et je suis presque certaine de ne pas creuser le sujet. Le reste de la distribution est assez ordinaire, bien que je reconnaisse une excellente prestation de Géraldine Pailhas qui joue la femme malade de Robert Taro (Depardieu). Ceci dit c’est la seule qui vaut le détour dans les rôles secondaires.

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Dernier point polémique, et peut-être le plus important : les dialogues. Si la série souffre d’échanges d’une platitude souvent déconcertante, les dégâts auraient été limités sans cette farouche volonté d’insérer des répliques graveleuses, et sexistes, à tout bout de champ. Je comprends leur envie de jouer la carte « provoc », et j’aime ça lorsque c’est bien fait comme dans les séries américaines de ce style. Mais lorsque ce n’est pas maîtrisé comme ici, le résultat est franchement dégueulasse. Un tumblr a même été créé pour recenser les plus belles perles de cette première saison, donc je vous laisse vous faire votre propre opinion. Clairement, non seulement les scénaristes ne maîtrisent rien en ce qui concerne les échanges sexuels, mais la plupart des répliques sont posées là, entre le fromage et le dessert, sans aucune utilité avec la scène en cours. Pire, elles viennent rompre l’intensité (c’est un bien grand mot mais passons) de certaines scènes dramatiques. Je ne sais pas ce que sniffaient les responsables de Netflix quand ils ont validé une telle débâcle artistique, mais ce n’était certainement pas de l’origan.

Je suis malgré tout aller au bout des huit épisodes, histoire de ne pas louper un éventuel virage qualitatif. Mais non. Alors certes, la France a fait bien pire (coucou Camping Paradis), et si la série avait été l’oeuvre de TF1 j’aurais peut-être été moins critique (enfin je ne l’aurais pas regardé surtout). Seulement voilà, Netflix nous a habitué à Daredevil, Jessica Jones et l’immense Orange is the new black pour ne parler que d’elles. Nous étions donc en droit de nous attendre à quelque chose d’aussi léché. Oseront-ils une deuxième saison ? Très certainement, puisque ce lynchage en règle a sans aucun doute ramené un bon nombre de curieux. Les vues ont explosé, et pour Netflix c’est probablement tout ce qui compte.